Plus d’un an maintenant s’est écoulé depuis que le monde telle que nous le connaissions s’est éteint. Une seule année, mais non la moindre! L’inconscience collective grouille dans les affres d’un bad trip à l’acide, le sentiment que la crise est là pour durer est de plus en plus assimilé et dans ce tumulte, ballotté.es par des forces incontrôlables comme un navire dans une tempête, nous essayons de maintenir une certaine grâce au milieu de toute la peur, de la confusion et du doute.

Au milieu de tout cela, nous avons eu du mal à trouver un terrain solide. Comment allons-nous nous organiser au milieu d’une pandémie mondiale? Ou simplement, que ce passe-t-il? À quelles menaces devons-nous nous préparer? Comment pouvons-nous nous assurer que nos proches sont en sécurité? Que pensent les autres?

Ce texte est destiné à lancer la discussion autour de la réponse anarchiste au COVID-19. Il y a eu un tabou autour de la critique des mesures autoritaires que l’État a pris au cours de l’année dernière. Nous voyons que trop d’anarchistes mettent de côté leurs convictions face à la crise actuelle. Pire encore, certain.es compromettent et contorsionnent ces voies qui sont contraires aux principes sur lesquels l’anarchisme est basé.

Beaucoup semblent se conformer à la volonté de l’État autoritaire, se convaincant que cela est un acte de solidarité grandiose avec les personnes les plus vulnérables de nos sociétés.

Nous écrivons ceci aujourd’hui pour convier tous les vrai.es anarchistes chez eux à la chaleur du feu de la liberté qui brûle au cœur de notre tradition. C’est pour la liberté que nous combattons, car en nous, habite le désir d’être libre. Pour que chacun de nous soit souverain.e; pour déterminer par le libre arbitre quelle pensée inspirera nos vies.

C’est pourquoi nous écrivons aujourd’hui, afin de tendre la main à nos camarades pour appeler à un effort sérieux de réorientation politique. Le vieux monde est derrière nous et nous ne savons pas comment nous relier à celui dans lequel nous avons été poussé. Il n’y a pas de honte à cela. Les choses ont changé extrêmement rapidement, d’une manière à laquelle aucun de nous ne s’attendait. De nombreux facteurs ont contribué à un sentiment de complaisance, mais maintenant le moment est venu de nous regarder dans le miroir et de nous demander: que sommes-nous devenus?

Au cours de l’année dernière, pendant que d’autres anarchistes ont suivi les lignes tracées par les bureaucrates d’État, nous nous avons observé, docilement, tranquillement. Nous sommes même restés silencieux, bien que témoins d’actes d’hostilité envers ceux qui ont refusé de se conformer aux mandats de l’État. Plus maintenant. Plus jamais.

L’impulsion de ce comportement parmi les anarchistes semble être enracinée dans leur désir d’agir pour ceux qui en ont besoin, mais comme cette crise est causée par un virus, cela semble se manifester par une volonté enthousiaste de se soumettre aux ordres de l’État et de faire honte à ceux qui les violeraient.

Il est admirable de vouloir agir pour le bien des personnes âgées et infirmes, mais est-ce que la préoccupation pour les personnes âgées est vraiment la motivation fondamentale? Nous ne le pensons pas. Si c’était le cas, un travail plus profond d’introspection collective sur la façon dont notre société traite les personnes âgées serait nécessaire. Si le gouvernement  améliorer la qualité de vie des personnes âgées, il investirait dans l’amélioration des soins de longue durée. Bien sûr, une préoccupation sincère est en cause, mais de nombreuses personnes agissent égoïstement aussi par peur, soit de tomber malade elles-mêmes, soit de rendre les autres malades ou de la désapprobation des autres.

Il n’est pas étonnant que l’anxiété atteigne un niveau record. Quand tant de normes sociales sont bouleversées, les gens ne savent plus quoi faire, ni comment se comporter. Or, dans de tels moments, quand nous sommes désorientés, nous regardons autour de nous pour voir ce que font les autres. Si d’autres le font, il doit être prudent de le faire. Si cela peut être fait sans danger, il doit être juste de le faire. Ainsi une nouvelle conformité commence. Pas de câlin. Pas de poignée de main.

Tout cela se passe inconsciemment et n’est pas nécessairement réfléchi. C’est un comportement adaptatif humain normal. Si vous deviez voyager dans un pays étranger, vous feriez de même, en observant les normes sociales reproduites par des habitants du pays. À travers différentes cultures, il est respectueux de la part d’un invité d’observer les coutumes des habitants. Maintenant, nous vivons tous dans un monde étranger auquel nous cherchons à adopter l coutumes.

Par contre dans ce cas, cet étrange nouveau monde n’est familier à personne. Personne n’est plus qualifié pour l’interpréter. Le temps est venu de raccorder tout cela à un fil conducteur, de remettre en contexte ce qui se passe afin d’y donner un sens qui puisse nous guider vers une action sage. Nous devons renverser la vapeur.

La bonne nouvelle est que le courage et l’inspiration sont aussi contagieux que la peur et le désespoir. Il est impératif que nous recherchions en nous-mêmes le courage de faire ce que nous devons faire pour assurer notre survie dans un monde de plus en plus tumultueux. Certains d’entre vous le nient peut-être, mais le vieux monde n’est pas sur le point de revenir. Les autres crises auxquelles le monde est confronté n’ont pas disparu lorsque le COVID-19 a frappé. Nous sommes toujours face à une crise écologique dont nous n’appercevons que la pointe de l’iceberg, sans parler d’une crise économique, la possibilité d’une guerre, etc. Nous détestons être les porteurs de mauvaises nouvelles, mais le scénario le plus probable pour les dix prochaines années est celui d’une suite de crises qui chacune coulent dans la suivante ou, si vous préférez, dans une crise continue. La phrase inquiétante «Winter is Coming» (ou l’hiver s’en vient) s’est avérée vraie et ce depuis un an déjà.